EN BREF :
Dans le cadre de l’inauguration d’un cinéma près de chez moi, j’ai eu l’opportunité de visionner l’avant-première du  film de Sophie REINE. Connue pour son César du meilleur montage sur « le premier jour du reste de ta vie » (2009), elle dévoilera au grand public son premier long métrage le 14 décembre prochain. Avec un titre peu évocateur aux premiers abords, c’est sans attentes particulières que je m’asseyais dans ce fauteuil tout neuf (inauguration oblige…). Mais c’est pour cela que j’adore les découvertes de ce genre, car c’est souvent de bonnes surprises. Cigarettes et chocolat chaud ne dérogea pas à cette sympathique tradition.

Nous découvrons Denis PATAR, un papa élevant seul ses deux jeunes filles de 13 et 9 ans. Ce grand fan de David BOWIE mène une vie difficile qui l’oblige à travailler d’arrache-pied pour voir chaque jour, le sourire de ses filles malgré tout. Une éducation quelque peu en marge qui finira par attirer l’œil d’une enquêtrice sociale. Une fois la famille passée au crible, le verdict tombe, Denis est contraint de suivre un stage de parentalité s’il veut préserver la garde de ses filles.

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ALORS CA DONNE QUOI CT’HISTOIRE ?
Pour une comédie qui aurait pu n’être que divertissante, S. REINE va bien au-delà avec son histoire. En évitant les clichés et la facilité des comédies françaises vues et revues, le film reste juste dans tout ce qu’il entreprend, du début à la fin.

Dans un premier temps, ce sont les deux jeunes actrices (qui interprètent les filles PATAR) qui ont retenues mon attention. De par leur éducation un peu « spéciale » ainsi que leur énergie débordante, on ne peut que s’attarder sur ces deux personnages à l’énergie débordante. Chacune possédant un caractère totalement différent, leur réaction n’ait donc pas du tout la même face à la situation familiale. Étant donné les circonstances, chaque enfant réagirai à sa manière, consciemment ou pas. Le film nous montre cela au travers des intentions des jeunes filles, à vouloir prouver à l’enquêtrice qu’elles sont heureuses, et vivent convenablement grâce à leur père. L’unité du trio familial se ressent dès le début du film et ne retombera jamais. Lorsque l’un d’entre eux commet une erreur qui met en danger leur relation, un autre sera là pour le ramener dans le droit chemin afin de ne pas abîmer ce lien très fort qui les unit. De plus, malgré leur jeune âge et leur folie, Janis et Mercredi de leur prénom, (à l’image du côté atypique de la famille) sauront montrer à leur père ce qu’il doit changer pour être un meilleur papa.
Mais, et c’est là où le film me plaît, ce n’est pas un changement radical du comportement et/ou point de vue sur sa façon de vivre, qui opère sur Denis.

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Mercredi (à gauche) et Janis (à droite), merveilleusement interprétées.

Le mode d’éducation n’est pas dicté et encore moins identique à chaque parent (bien heureusement, et c’est pour ça que ce film existe). Pour moi, il n’ait pas sans me rappeler le dernier-né de Matt ROSS, « Captain Fantastic » en salle depuis le 12 octobre 2016. En effet, nous suivons (aussi) l’histoire d’un père qui éduque seul ses six enfants dans une autarcie quasi-totale. Sans aller jusque-là, Ben (sous les traits de Viggo MORTENSEN – l’inoubliable Aragorn* – dans le film) et Denis ont quand même un point commun. Malgré les nombreuses difficultés et personnages qui souhaitent leur montrer que leur mode de vie n’est pas convenable pour leurs enfants dans notre société, leurs attitudes et pensées ne se transforment pas en l’espace d’un simple discours moralisateur. Pour revenir au film en question ici, Denis n’est pas un simple père gentillet, et un peu bof sans profondeur scénaristique. Il a ses propres valeurs, et des convictions appuyées qu’on découvre dès les premiers plans du film.  C’est effectivement en cela qu’il est authentique et honnête dans ses actes (à l’image de ce film). Toutes ses décisions sont cohérentes et justifiées, même si elles ont des conséquences. Il sait ce qu’il fait, et ne manquera pas de courage dans la difficulté grâce encore une fois, à l’amour qu’il porte à ses filles (et vice versa).

*Si ce nom ne te dit absolument rien, alors tu peux déjà (et t’as intérêt de) réserver ton vendredi, samedi et dimanche soir…

D’autre part, j’ai beaucoup apprécié le jeu et le personnage de Séverine GRELOT (Camille COTIN), la fameuse « enquêtrice sociale ». Je ne sais d’où son nom provient, ni s’il a une quelconque origine (excusez par avance mon interprétation si c’est le cas), mais à mes yeux, le simple fait de l’appeler GRELOT est… top. Ce personnage qui, à l’instar de son métier, est : rigide, guindé, droit et sans débordements… Est ici doté d’un patronyme qui connote le bruit, la fête, le musique, voire l’enfance. C’est une excellente manière de rendre le personnage sympathique et de décrédibiliser (en quelque sorte) le côté scolaire de ces « stages de parentalité » qui sont au passage, fortement critiqués par certains.

(Si tu ne veux absolument ne rien découvrir du film, ne lis pas ce paragraphe. Mais t’inquiètes pas non plus, c’est pas comme si je te disais qu’à la fin de la saison 5 de Game of thrones et bien…Ok j’arrête). La typographie du titre du film n’est évidemment pas sans rappeler le cirque, qui joue un rôle important dans l’histoire. Car si l’on se concentre un peu plus sur l’objectif d’un cirque, c’est de divertir un public et leur faisant oublier un instant leurs problèmes et les difficultés de la vie quotidienne. Dans ce film, les filles de Denis jouent d’une certaine manière ce rôle en essayant de donner un peu de baume au cœur à leur père (par l’intermédiaire de leur représentation). Un acte qui ne surprend pas, car qui, enfant, n’a jamais essayé de monter un spectacle pour ses parents ? Cependant ici, ce n’est pas simplement un amusement, car elles ont saisi l’enjeu et possèdent un objectif bien précis au travers de leur représentation. C’est donc en cela que les deux jeunes filles sont intéressantes, car ce ne sont pas « juste » des enfants simplettes qui n’aurait pour but que d’appuyer le côté pathétique que pourrait avoir la situation de leur père. Ce n’est pas du tout le cas ! Et c’est pour ça que c’est bien ! Les filles sont montrées plusieurs fois en train de réfléchir, afin de trouver un moyen d’aider leur père, et n’ont pas des réactions uniquement enfantines. Au contraire, elles savent mettre leur énergie à bon escient.

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Séverine et Denis admiratif devant…

Enfin, la fin est un très gros point fort du film, et c’est même dans les cinq dernières minutes qu’il a su me séduire un peu plus. De par la décision finale de Séverine (ceux qui ont vu le film comprendront), l’histoire prend un tournant peu vu et qui fait du bien ! (en tout cas à moi…) Quant à mon deuxième point positif, il se situe dans son générique à la présentation originale des gens qui ont travaillé sur ce long-métrage. Une manière simple, mais qui pour moi est formidablement bien trouvée, car elle met en avant le fait qu’un film est réellement le travail d’une très grande équipe (et non pas uniquement d’un réalisateur comme elle le montre en faisant ça).

AVEC DU RECUL…
« Cigarette et chocolat chaud » a demandé à Sophie REINE et sa coscénariste (Gladys MARCIANO) quatre années d’écriture pour ce premier long-métrage. La monteuse de métier, réussi son pari en livrant un film drôle, juste et merveilleusement sympathique. Les trois membres de la famille PATAR sont attachants et leur joie de vivre est communicative. Avec ses choix scénaristiques intéressants et la réelle envie de bien faire qui transpire de la part de toute l’équipe, j’ai déjà hâte de voir la suite de l’aventure dans le domaine de la réalisation pour Mme REINE. En outre, c’est un film qui ne fera (malheureusement) peut-être pas énormément parler de lui dans un mois de décembre qui possède déjà ses gros titres. (« Vaiana » fin novembre et « Rogue One » mi-décembre – deux films Disney au passage…) Cependant ce dernier mérite vraiment le détour, tant il fait du bien dans le paysage des comédies françaises qui, à mon sens, tourne trop souvent en rond.

MA NOTE : 7,75/10

Clique ici pour voir le teaser du film !

(Pour rappel, mon avitique est totalement subjectif ! C’est pour cela que je vous invite vivement à me donner le vôtre en commentaire… Ou tout simplement discuter du film, voire me montrer que j’ai tort !)